Iroquois : Ajouté le 30/4/2008 à 02:00
Habitation et subsistance
Lors des premiers contacts avec les Européens, les Iroquois étaient une confédération de cinq nations amérindiennes vivant au sud du lac Ontario (Ontario est un mot iroquoien signifiant "beau [ou] grand lac"). D'est en ouest, ces nations étaient les Agniers (Mohawks), les Onneiouts (Onéidas), les Onontagués (Onondagas), les Goyogouins (Cayugas) et les Tsonnontouans (Sénécas). Ils se désignaient eux-mêmes Hodénosauni, ce qui signifie "peuplades des longues habitations". Au XVIIe siècle, les Iroquois habitaient tous des longues habitations; celles-ci avaient environ sept mètres de largeur et sept mètres de hauteur, mais elles étaient aussi longues qu'il fallait pour abriter toutes les familles qui y résidaient. Chaque famille vivait d'un côté du passage qui longeait le centre de la longue habitation, et partageait un foyer avec la famille qui vivait du côté opposé. Il y avait un foyer environ tous les sept mètres, et la longue habitation typique, qui avait de vingt à vingt-huit mètres de longueur, comportait trois ou quatre foyers et abritait de six à huit familles. Les longues habitations étaient faites de perches recouvertes d'écorce, d'orme généralement. Des bancs qui servaient de sièges et de lits s'étendaient sur les côtés de la longue habitation.
En donnant à leur confédération le nom de Hodénosauni, les Iroquois décrivaient métaphoriquement leur patrie comme une longue habitation géante à cinq foyers, un pour chaque nation. Comme ils occupaient l'extrémité occidentale de la longue maison, les Tsonnontouans étaient appelés les Portiers de la Confédération.
Chacune des nations iroquoises parlait une langue distincte, mais tous ces idiomes étaient étroitement apparentés, et les locuteurs d'une langue pouvaient avec un certain effort comprendre le parler des autres nations, en particulier celui de leurs plus proches voisins. Bon nombre des peuples qui vivaient près des Iroquois parlaient des langues étroitement apparentées, qui faisaient toutes partie de la famille linguistique iroquoienne, notamment les Andastes (Susequehannocks) au sud, les Wenros et les Ériés, à l'ouest des Tsonnontouans, et les Neutres, les Hurons et les Pétuns, dans l'actuelle province d'Ontario. D'autres voisins des Iroquois parlaient des langues complètement distinctes, appartenant à la famille linguistique algonquienne. C'étaient les Outaouais, qui habitaient au nord des Hurons, les Algonquins de la vallée de l'Outaouais, les Montagnais du Québec, et les Mohicans et autres peuples de Nouvelle-Angleterre, qui vivaient à l'est des Agniers.
Les Iroquois étaient un peuple d'agriculteurs, qui s'alimentaient surtout du produit des vastes champs qui entouraient leurs villages. Les semailles et le travail de la terre étaient la responsabilité des femmes, mais les hommes aidaient à la récolte. Le dur travail de défrichage, la transformation de forêts en champs de culture, était également réservé aux hommes. Trois cultures -- le maïs, le haricot et la courge, que les Iroquois appelaient les trois soeurs ou les soutiens de la vie -- étaient de loin les plus importantes. Les Iroquois s'y adonnaient depuis des siècles. Le maïs était semé sur des buttes artificielles; il était ainsi inutile de sarcler le terrain situé entre les buttes. Toutes les sept buttes, on plantait également des haricots et des courges. Les tiges de haricot s'enroulaient autour des tiges de maïs, et les courges poussaient par terre, sur la butte. De nombreuses variétés de maïs étaient cultivées pour plaire aux différents goûts, et aussi notamment, pour être moulues. Un mortier et un pilon en bois servaient à moudre le maïs.
Les produits du jardin donnaient aux Iroquois un régime équilibré, mais ils ne négligeaient pas pour autant les aliments fournis par la nature. Le poisson occupait une place particulièrement importante dans leur alimentation. Les Iroquois mangeaient des tourtes, dont les vols obscurcissaient le ciel dans leurs migrations, de même que d'autres oiseaux sauvages. Ils se nourrissaient également de la viande du cerf et de l'ours. Des récits nous apprennent également que des oursons, capturés petits, étaient élevés dans les villages jusqu'à ce qu'ils soient assez gros pour figurer au menu d'un banquet. La chasse n'apportait qu'un complément au régime, car les produits des champs constituaient au moins soixante-quinze pour cent de l'alimentation quotidienne. Toutefois, la chasse avait une certaine importance comme source de matières premières. Avant de pouvoir se procurer des vêtements européens, les Iroquois se vêtaient de cuir et de fourrures, et la chasse conservait donc pour l'homme une importance considérable, même s'il mangeait surtout les végétaux cultivés par les femmes de sa famille.
La forêt fournissait également des ressources. La sève d'érable était recueillie chaque printemps. On trouvait des baies sauvages en abondance. Ces aliments servaient à sucrer et à assaisonner le régime assez fade (et sans doute monotone), où le maïs dominait.
Ces activités économiques faisaient vivre des populations assez considérables. Les villages iroquois n'étaient pas des groupes de huttes, mais plutôt de substantielles agglomérations dont la population pouvait atteindre plus de deux mille habitants. Certains étaient entourés de palissades, murs faits de rondins verticaux de cinq mètres de hauteur. Souvent, un village était encerclé par deux ou même par trois palissades, distantes d'un mètre ou deux.
Organisation sociale et politique
Malgré l'étendue et le caractère impressionnant de ces villages, il est quand même possible d'affirmer que les Iroquois formaient un peuple mobile. Parfois, les activités économiques entraînaient les gens loin du village, vers les lieux de pêche, ou vers la forêt, l'hiver, pour la chasse. On pouvait se rendre dans d'autres villages pour y visiter des parents. Souvent, des gens quittaient leur demeure pour participer à des activités politiques, car les Iroquois aimaient assister à des conseils et à jouir du spectacle de la politique et de la diplomatie. Les talents d'orateur étaient prisés,et les rites de la diplomatie faisaient les délices de toute la collectivité.
Quand un Iroquois visitait un autre village, il y cherchait souvent des membres de son propre clan. Le noyau des habitants de chaque longue habitation appartenait au même clan, dont le symbole était souvent peint sur la porte, à l'extrémité de la maison. Les Iroquois en visite y étaient accueillis par des membres de leur clan, par exemple un frère ou une soeur. Comme le clan était une unité de base de la société iroquoise, on ne peut comprendre celle-ci sans connaître la nature du clan.
Chacune des nations iroquoises était divisée en un certain nombre de clans. L'appartenance au clan était fixée à la naissance -- chaque bébé était membre du clan de sa mère. Le nom du bébé était choisi parmi une liste de noms qui "appartenaient" au clan. Il était annoncé publiquement avant la cérémonie du Maïs Vert, l'été, ou la cérémonie de la Nouvelle Année. Plus tard dans sa vie, l'individu recevait un nom adulte, tiré également de la liste du clan. Les deux noms avaient été utilisés par le passé par des membres du clan et, après la mort, ils seraient de nouveau donnés à un membre du clan appartenant à une autre génération.
Dans un clan, tous les membres de la même génération se considéraient comme frères et soeurs. Les termes utilisés pour s'adresser à ses propres frères et soeurs étaient en fait utilisés pour tout membre du clan de la même génération. Il était interdit de se marier à l'intérieur du clan, ce qui signifiait évidemment que le père n'était pas membre du clan de ses enfants et, l'inverse, que les enfants d'un homme n'étaient pas membres de son clan. Comme l'appartenance à un clan avait une grande importance, le lien d'un individu avec ses frères et soeurs et avec la famille de sa mère était beaucoup plus important que celui qui le rattachait à son père. Dans la vie de tout Iroquois, le frère de la mère, c'est-à-dire l'aîné des hommes de son propre clan, était une personne extrêmement importante. Il exerçait une influence sur les enfants de sa soeur tout au long de leur vie.
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Chaque clan était divisé en plusieurs petits groupes que les anthropologues appellent lignages. Le lignage était le groupe des descendants, par les femmes, d'une ancêtre connue. La femme la plus âgée d'un lignage exerçait généralement un pouvoir considérable, et on la désigne habituellement sous le nom de matrone de lignage. Une grande partie des champs des Iroquois étaient possédés et cultivés par des lignages, plutôt que par des personnes, les femmes du lignage formant un groupe de travail chargé d'accomplir les tâches agricoles. […]
La religion des Iroquois
Les Iroquois croyaient qu'avant la création de l'humanité, le monde n'était qu'une vaste mer habitée par des créatures marines et des oiseaux aquatiques. Ils se représentaient le ciel comme un énorme dôme. Des gens habitaient au sommet du dôme. Un arbre, dont les fleurs fournissaient la lumière pour ces gens, y croissait en plein centre. Mais le chef de cette population tomba malade. Les Iroquois croyaient que la maladie était causée par un souhait non réalisé. Les habitants du monde céleste essayaient de deviner le souhait de l'âme de leur chef. Il fut déterminé que le grand Arbre de Lumière devait être déraciné. Cela fut fait, et le chef se coucha à côté du trou ainsi créé et regarda la mer tout en bas. Il appela sa femme à son côté. En fait, il y avait eu un conflit entre eux, et il la soupçonnait d'infidélité. Il la poussa dans le trou, et elle tomba en direction de la mer primitive.
En bas, les animaux aquatiques regardèrent vers le ciel et la virent qui tombait vers eux. Des oies s'envolèrent, aile contre aile, et l'attrapèrent dans sa chute. En dessous, les animaux se demandaient qui aurait la force nécessaire pour soutenir la femme, et il fut décidé de faire appel à la tortue. Les oies déposèrent donc la femme sur le dos de la tortue, tandis que les animaux plongeaient vers le fond pour ramener de la boue et former le sol sur le dos de la tortue. Mais tous remontèrent sans vie à la surface. Cependant, quand on examina les pattes du rat musqué, on y trouva des mottes de terre, que l'on plaça sur le dos de la tortue. Cette boue s'étendit rapidement, jusqu'à atteindre la taille d'un continent.
La Femme du Ciel était enceinte quand son mari l'avait poussée dans le trou, et elle vint à donner naissance à une fille. Celle-ci grandit et devint femme, mais elle ne suivit pas les instructions de sa mère et fut fécondée par le Vent d'Ouest (dans d'autres versions de ce mythe, la grossesse est causée par l'eau ou par un visiteur qui dépose des flèches à côté du lit de la fille). La grossesse fut difficile. La jeune femme se rendit compte qu'elle portait des jumeaux quand elle les entendit se disputer dans son ventre. Un des jumeaux souhaitait naître de la façon normale, mais l'autre trouvait plus simple de sortir par l'aisselle de leur mère. Le premier avait beau dire que cela tuerait leur mère, l'autre était déterminé à naître de cette façon. La femme alla voir sa mère et lui expliqua qu'elle allait mourir en couches et lui donna des instructions pour son enterrement.
Les frères jumeaux sortirent du sein de leur mère de la façon qu'ils avaient prévue, et le plus jeune (qu'on appela Silex ou Mauvais Esprit) tua sa mère en sortant par son côté. Quand la Femme du Ciel les trouva, de même que le corps de sa fille, elle demanda qui l'avait tuée. Le plus jeune des jumeaux pointa en direction de son frère, et la grand-mère jeta celui-ci dans les broussailles. L'aîné (appelé Jeune Arbre ou Bon Esprit) en sortit toutefois indemne et retourna à la maison de sa grand-mère et de son frère, qui formèrent une alliance contre lui.
La mère des jumeaux fut ensevelie selon ses instructions. De son corps poussèrent les trois plantes si importantes dans la vie des Iroquois. La courge sortit de ses pieds, le haricot de ses mains et de ses doigts, le maïs de sa poitrine. Et le tabac, qui a toujours eu une importance religieuse chez les Iroquois, poussa de sa tête.
Les jumeaux devinrent adultes, et chacun s'attela à la tâche de créer le monde tel que nous le connaissons. Le Bon Esprit, que les Iroquois vénèrent également comme le Créateur, fit l'homme et la femme, et toutes les choses qui aident les humains. Le Mauvais Esprit, jaloux de son frère, fit les choses qui nuisent à l'humanité. Chaque frère essaya de contrecarrer le travail de l'autre, mais aucun ne put détruire ce qui avait été créé par l'autre. Les plantes créées pour l'humanité, le Mauvais Esprit les fit plus petites, moins riches et plus difficiles à transformer. Le Bon Esprit réduisit la taille des moustiques, qui étaient des géants capables de tuer, pour en faire les petites créatures qui harcèlent l'humanité d'aujourd'hui.
Il devint évident que les jumeaux auraient à se battre l'un contre l'autre. Chacun demanda à l'autre ce qu'il craignait le plus. Le Bon Esprit mentit et dit que c'étaient les quenouilles; le Mauvais Esprit dit la vérité et avoua que c'était le bois de cerf (le Mauvais Esprit était également appelé Silex, et le bois de cerf est un excellent outil pour fabriquer des outils en pierre). Les deux frères se battirent et, dans leur lutte, soulevèrent des montagnes et creusèrent des vallées. Les quenouilles du Mauvais Esprit s'avérèrent inefficaces, mais son frère lui infligea de bons coups avec ses armes en bois de cerf. Le Mauvais Esprit fut défait et jeté dans une fosse; le Bon Esprit retourna au Monde du Ciel.
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Le bien-être et la santé des individus étaient également importants dans la religion iroquoise. Pour réaliser ces objectifs, il existait et il existe encore des sociétés, souvent appelées "sociétés curatives. La Société des Faux Visages est la société curative qui est de loin la plus célèbre. Les médecins de cette société sculptaient des masques en bois. Ces masques sont maintenant décorés de laiton ou d'étain autour des yeux, et leurs cheveux sont faits de queues de cheval. Les Faux Visages portent de gros hochets faits d'une carapace de tortue (chélydre serpentine) et dansent en prenant des attitudes de bossus; ils répandent des morceaux de charbon et des cendres et soufflent sur la personne malade. Ceux qui ont rêvé aux Faux Visages et ceux qui ont été guéris par eux deviennent membres de la société. Les masques qu'ils portent sont puissants et doivent être traités avec respect. Ils sont périodiquement nourris avec la bouillie de maïs des Faux Visages, et on fait brûler du tabac en leur honneur.
Il existait d'autres sociétés curatives: la Société des Guérisseurs (la Citrouille), la Société de la Petite Eau, la Société des Petites Gens (Danse Sombre), la Compagnie des Animaux Mystiques (dont la Société de l'Ours, la Société du Bison, la Société de l'Aigle et la Société de la Loutre), et la Société des Visages en feuilles de maïs. La plupart de ces sociétés ont des danses et des chants distinctifs. Certaines accomplissent leurs rites en public, d'autres sont secrètes et privées, et seuls les membres et les personnes qu'elles essaient de guérir peuvent assister à leurs rites. Des représentations publiques des sociétés curatives ont lieu dans le cadre de certaines des cérémonies énumérées dans le tableau 2.
En 1799, un prophète réforma et revitalisa la religion iroquoise. Il est connu sous le nom anglais de Handsome Lake (Beau-Lac); il détenait le premier titre sur la liste des chefs tsonnontouans au Conseil de la Confédération. Ses enseignements n'étaient pas entièrement d'origine autochtone. Il prêcha bel et bien contre certains des maux introduits par les Européens, comme l'alcool et "les danses au son du violon", mais il transforma probablement la religion iroquoise, donnant plus d'importance qu'auparavant au Créateur. Il limita notamment le divorce en renforçant le lien entre mari et femme aux dépens de celui qui unissait la femme et sa mère. En dépit du fait que ses enseignements étaient d'origine divine (ils lui avaient été donnés par quatre êtres surnaturels alors qu'il était mort ou mourant), ceux qui ne convenaient pas à la culture iroquoise et à ses nouvelles tendances furent rejetés. Son plus grand échec fut son incapacité de supprimer les sociétés curatives. Le souci que les Iroquois avaient de leur santé rendait ces institutions essentielles, d'autant plus que Handsome Lake (Beau-Lac) n'offrait rien pour les remplacer. Presque tout ce qu'on sait de la religion iroquoise date de la période qui a suivi les réformes de Handsome Lake (Beau-Lac).
Conséquences des contacts des Européens avec les Iroquois
Les premiers contacts entre Iroquois et Français furent violents. En 1609 et 1610, les Agniers furent battus par les Hurons et les Algonquins, aidés par Champlain et ses hommes. Malgré tout ce qu'on a dit et tout ce qu'on dit encore, cela ne créa pas chez les Iroquois d'inimitié implacable envers les Français. Cela conduisit même les Agniers à canaliser leur agression vers l'est plutôt que vers le nord. Les Mohicans les empêchaient en effet d'avoir accès aux commerçants hollandais établis à Fort Orange (l'actuelle Albany). Les Agniers chassèrent cette nation de la partie inférieure de la vallée de la Mohawk et établirent des liens commerciaux directs avec les Hollandais.
Entre temps, Champlain et ses alliés envahirent en 1615 le pays iroquois. Ils attaquèrent une ville onneioute, ou peut-être onontaguée. La ville fut fortifiée d'une triple palissade, Champlain fut blessé, le siège échoua, et Champlain se replia sur le Saint-Laurent.
Le conflit entre les Iroquois et leurs voisins du nord ne s'intensifia qu'après 1635. Les Iroquois étaient devenus dépendants de la traite des fourrures, et le castor avait presque disparu de leur propre pays. Les Agniers réagirent à cette situation en se livrant à la piraterie. Ils tendirent des embuscades aux canots hurons chargés de fourrures à échanger avec les Français sur le Saint-Laurent et arrivant du pays huron par la rivière des Outaouais. À l'autre extrémité de la Confédération, les Tsonnontouans agrandissaient leur territoire de chasse en se déplaçant vers l'ouest. Les Wenros, voisins des Tsonnontouans, furent expulsés de leurs terres en 1638.
En 1649, les Agniers et les Tsonnontouans effectuèrent une campagne militaire décisive. Une armée, dont les effectifs furent évalués à un millier de guerriers, parcourut le sud de l'Ontario pendant l'hiver. En mars, elle envahit le pays huron et détruisit les villages de Saint-Ignace et de Saint-Louis, où se trouvaient des missions. Un grand nombre de Hurons contre-attaquèrent et reprirent Saint-Louis. Toute l'armée des Agniers et des Tsonnontouans se jeta sur les Hurons et détruisit leur armée au cours d'une féroce bataille qui dura jusque dans la nuit. Les Agniers et les Tsonnontouans jugèrent s'être assez battus et retournèrent dans leur pays.
Les Hurons étaient déjà démoralisés par une baisse de leur population (leur nombre avait été réduit de moitié par des épidémies de maladies européennes au cours des décennies précédentes) et étaient déchirés par de graves conflits entre partisans et adversaires des missionnaires. Ils abandonnèrent leurs villages à l'été 1649, et un grand nombre moururent de faim l'hiver suivant. Les survivants se dispersèrent. Beaucoup cherchèrent refuge chez leurs anciens ennemis iroquois. De fait, beaucoup d'Iroquois d'aujourd'hui ont sans aucun doute des ancêtres hurons, et la culture iroquoise a probablement incorporé des éléments hurons suite à l'afflux d'un grand nombre de réfugiés de cette nation en pays iroquois.
La dispersion des Hurons ne libéra pas suffisamment de territoires de chasse pour les Iroquois. Les Pétuns, les Neutres et les Ériés interdirent l'accès à des territoires de chasse au castor ou entrèrent en compétition à propos de ces derniers. Les Pétuns furent attaqués les premiers, et leur agglomération principale, Étharita (peuplée de plus de cinq cents familles) tomba en décembre 1649. Deux villages neutres furent détruits en 1650 et 1651, et les Neutres semblent avoir fui leur patrie dans les deux années qui suivirent. Les Onontagués et les Tsonnontouans se tournèrent apparemment ensuite contre les Ériés, qui étaient si isolés qu'aucun Européen n'était parvenu dans leur pays. Une grande agglomération ériée tomba en 1654, les attaquants iroquois, surtout des Onontagués, s'étant servis de leurs canots comme d'échelles pour escalader la palissade.
Les nécessités de la guerre contre les Ériés semblent avoir conduit les Iroquois à négocier une paix avec les Français en 1653. Celle-ci dura cinq ans et permit l'établissement d'une mission jésuite à Onondaga. Au cours des cinquante années suivantes, périodes de paix et périodes de guerre se succédèrent entre la Nouvelle-France et la Confédération iroquoise; il était courant qu'une ou deux nations soient en guerre, tandis que le reste de la Confédération était en paix avec les Français. Des villes agnières furent brûlées par les Français en 1666, puis de nouveau en 1693; des villages tsonnontouans furent détruits en 1687, et en 1696, les Onneiouts virent leurs villes brûlées par les Français, et leurs voisins onontagués incendièrent eux-mêmes leur ville devant la menace d'une invasion.
Tandis que les armées de Nouvelle-France envahissaient le pays iroquois en période de guerre, les missionnaires arrivaient pendant les intermèdes de paix. Leurs succès furent variables, mais ils convainquirent les Iroquois, surtout Agniers, qu'ils purent convertir de s'établir sur les rives du Saint-Laurent. Ils étaient ainsi soustraits à l'influence de leurs compatriotes non chrétiens et de leurs voisins anglais (l'Angleterre s'était emparée de la Nouvelle-Hollande et avait rebaptisé la colonie New York). Ces convertis s'étaient si fermement ralliés à la cause française qu'ils combattraient au sein des forces françaises qui allaient envahir le pays iroquois à la fin du XVIIe siècle.
En 1701, la Confédération entière négocia des traités avec la France et l'Angleterre. Au XVIIIe siècle, la plupart des Iroquois demeurèrent neutres dans les conflits entre ces deux pays. Les Agniers, étant proches d'Albany, servaient parfois d'auxiliaires dans les armées anglaises, tandis qu'une partie des Tsonnontouans s'alliait parfois aux Français, particulièrement après que ceux-ci eurent établi un poste à Niagara en 1720. Les Agniers catholiques du Saint-Laurent étaient évidemment d'actifs alliés des Français.
Dans une tentative en vue de cimenter les liens entre les Agniers et la couronne anglaise, trois chefs agniers (accompagnés d'un chef mohican) furent emmenés à Londres en 1710. La présence des quatre chefs fit sensation et, lors de leurs apparitions publiques, ils furent surnommés les "Quatre Rois du Canada". Pour contrebalancer l'influence des jésuites français, on promit aux chefs agniers l'envoi de missionnaires anglicans. La reine Anne fit don de vases sacrés en argent pour une chapelle de la vallée de la Mohawk.
Au cours des premières années du XVIIIe siècle, la Confédération prit un groupe de réfugiés sous sa protection. Les Tuscaroras, qui parlaient une langue du groupe iroquoien du nord, vivaient cependant jusque-là en Caroline du Nord. Des conflits avec les Blancs les obligèrent à abandonner leurs territoires et à chercher refuge sous l'Arbre de la Paix de la Confédération iroquoise. Même s'ils ne purent jamais siéger au Conseil de la Confédération, celle-ci fut souvent appelée Confédération des Six-Nations après leur établissement en pays iroquois.
Les Agniers furent attirés fermement dans l'orbite britannique grâce aux efforts et à l'influence de sir William Johnson. Celui-ci fit appel à des guerriers agniers dans ses batailles victorieuses du lac George et de Niagara, qui accrurent son influence dans l'armée britannique et dans la hiérarchie coloniale. Au lac George, Hendrick, un des chefs qui avaient été présentés à la reine Anne une quarantaine d'années auparavant, fut tué par une baïonnette française. L'influence de Johnson chez les Agniers, qui était déjà grande, augmenta à la suite de son mariage avec Mary Brant, membre d'une importante famille agnière, en 1759. Sa connaissance de la culture iroquoise et ses liens personnels avec d'importants Iroquois lui donnèrent une influence sans égale chez les Amérindiens du Nord-Est.
Les Tsonnontouans de l'ouest échappaient toutefois à son emprise. Ils combattirent aux côtés des Français jusqu'à ce que les Britanniques viennent assiéger Niagara; ils changèrent alors prudemment de côté. Mais après la conquête, ils partagèrent le dégoût des autres Amérindiens des Grands Lacs supérieurs pour les Britanniques, qui avaient remplacé les Français dans cette région. Les Tsonnontouans de l'ouest participèrent sans réserve à la rébellion de Pontiac. À Devil's Hole, sur la gorge du Niagara, ils infligèrent une grave défaite à un convoi de ravitaillement britannique ainsi qu'au groupe envoyé pour le secourir.
Sir William Johnson mourut en 1774, avant le déclenchement de la guerre de l'Indépendance américaine. Au début, les Iroquois adoptèrent une attitude neutre devant ce "conflit entre père et fils". En 1777, ils furent entraînés dans la guerre. Joseph Brant, (le frère de Mary Brant) était revenu de Londres (où James Boswell l'avait interrogé), et avait jeté tout le poids de son influence en faveur d'un soutien actif de la couronne. Mais les exhortations de sa soeur eurent probablement au moins autant d'importance. Les Agniers devinrent ainsi d'actifs alliés des Britanniques et des loyalistes. D'autres fonctionnaires du département des affaires indiennes réussirent à s'assurer le soutien des Tsonnontouans et des Goyogouins, mais les Onontagués restèrent neutres (jusqu'à ce que les rebelles américains brûlent leur ville), et les Onneiouts, sous l'influence de Samuel Kirkland, missionnaire de Nouvelle-Angleterre, combattirent en fait du côté des rebelles.
On pourrait soutenir que les Iroquois et leurs alliés britanniques et loyalistes étaient en train de gagner la guerre à la frontière de la colonie de New York. Il est vrai que les villes goyogouines et bon nombre de villes tsonnontouanes furent brûlées en 1779 par une armée rebelle commandée par le général John Sullivan, mais cette défaite ne fut pas plus grande que celles que les Iroquois infligèrent aux rebelles, aussi bien avant qu'après cette date. La frontière de la colonie de New York fut repoussée jusqu'à Schenectady.
La guerre fut perdue sur d'autres fronts et, quand on fit la paix, les Britanniques ne tinrent pas compte du sang versé pour la couronne par les alliés iroquois de Sa Majesté. La nouvelle frontière internationale laissait les territoires iroquois à la nouvelle république américaine.
À Londres, les fonctionnaires jugèrent opportun d'ignorer les Iroquois, mais les fonctionnaires en poste au Canada trouvèrent difficile de faire de même. Deux étendues de territoire furent réservées aux Iroquois. Les Agniers du capitaine John Deseronto s'établirent dans une réserve située sur la baie de Quinte, au bord du lac Ontario; sous la direction de Joseph Brant, un grand nombre d'Iroquois des six nations s'installèrent sur la Grande Rivière (leurs descendants occupent maintenant la réserve des Six-Nations, tout ce qui reste de ce qui leur avait été octroyé à l'origine, près de Brantford, en Ontario). Les vases sacrés en argent donnés aux Agniers par la reine Anne furent répartis entre ces deux établissements.
La plus grande nation de la Confédération choisit dans l'ensemble de rester dans l'État de New York. Les Tsonnontouans, même s'ils avaient signé des traités par lesquels ils abandonnaient presque tous leurs territoires, réussirent à conserver un certain nombre de réserves dans l'ouest de l'État. Une partie de celles-ci fut plus tard vendue à des spéculateurs, mais les Tsonnontouans conservèrent trois réserves dans l'État de New York -- Allegany, Cattaraugus et Tonawanda. Environ la moitié des Onontagués restèrent également dans cet État et ont encore une réserve près de Syracuse.
Les Américains voulaient les terres des Onneiouts, dont une grande partie s'étaient pourtant battus aux côtés des rebelles. Quelques Onneiouts réussirent à conserver des terres dans leurs anciens territoires, mais la plupart durent se déplacer. Certains se rendirent au Wisconsin, et un autre groupe de 242 personnes acheta des terres près de London (Ontario), en 1829.
L'histoire des établissements iroquois catholiques dans la vallée du Saint-Laurent est complexe, mais qu'il suffise de dire qu'il y a actuellement quatre réserves -- trois au Canada et une autre à cheval sur la frontière canado-américaine -- où habitent des descendants de ceux qui s'établirent au XVIIe siècle sur le Saint-Laurent. Il s'agit de Caughnawaga et d'Oka, toutes deux près de Montréal; de Saint-Régis (Akwesasne), en Ontario, au Québec et dans l'État de New York, près de Cornwall (Ontario); et de Gibson, en Ontario, sur la baie Georgienne. Même s'il s'agissait à l'origine de missions, on trouve des fidèles du culte traditionnel aussi bien à Caughnawaga qu'à Saint-Régis, ceux de Caughnawaga ayant adopté la religion de Handsome Lake (Beau-Lac) dans les années 1920, les autres ayant fait de même une dizaine d'années plus tard.
Nous avons mis en relief dans ces pages, peut-être exagérément, les aspects militaires et diplomatiques de l'histoire de la Confédération iroquoise, et plus particulièrement les relations de celle-ci avec les régions situées au nord de son territoire. L'espace ne nous permet pas de présenter une histoire culturelle détaillée, mais il sera question de quelques changements importants survenus dans la vie des Iroquois au cours des trois siècles où ils ont eu des contacts intensifs avec les Européens.
C'est dans le domaine matériel que la rencontre avec la civilisation européenne eut le plus de conséquences. Des objets européens étaient parvenus en pays iroquois au moins un demi-siècle avant les véritables contacts entre Européens et Iroquois. Une fois ces biens disponibles en grandes quantités, les Iroquois ne tardèrent pas à abandonner la fabrication de nombreux articles. La hache de pierre fut remplacée par des produits en fer ou en acier; la poterie en terre par des marmites en laiton; les vêtements de cuir par des habits en laine et en coton. Le wampum, qui était si important dans la diplomatie iroquoise, ne fut abondant qu'après l'introduction des forets européens. Les arcs furent supplantés par les armes à feu, et l'armure en bois jadis portée par les guerriers iroquois fut abandonnée. Les perles de verre complétèrent et vinrent à remplacer les piquants de porc épic et le poil d'orignal dans la décoration des vêtements.
De nouveaux aliments, empruntés à leurs voisins non amérindiens, entrèrent dans le régime des Iroquois. En 1675, les Tsonnontouans élevaient des cochons. Un siècle plus tard, ils avaient des vergers de pommiers et de pêchers et cultivaient la pomme de terre, le concombre, l'oignon et la pastèque, outre les trois soeurs, le maïs, le haricot et la courge. Les Iroquois commencèrent à saler leurs aliments (on dit que les moustiques ne gênaient pas les Autochtones avant que le sel entre dans leur alimentation).
Les modes de peuplement changèrent au fil des ans. Les longues habitations abritant des familles étendues devinrent de moins en moins courantes, les familles nucléaires occupant de préférence des domiciles distincts. Dès 1666, les Agniers construisaient des maisons de rondins, plutôt que des ouvrages à armature de perches recouverte d'écorce. La palissade circulaire de l'époque préhistorique fut remplacée par de complexes fortifications rectangulaires, défendues par des bastions. Avec l'augmentation de la puissance des Iroquois, ces fortifications furent abandonnées, et la population se dispersa dans des villages de moindre importance. Comme ces petits établissements n'épuisaient pas le sol ou le bois de chauffage autant que les grands villages des débuts de l'époque historique, ils n'avaient pas à être reconstruits périodiquement à de nouveaux endroits. Le fait que les Iroquois disposaient de chevaux comme animaux de trait entra également en ligne de compte, puisqu'il devenait possible de ramasser du bois de chauffage plus loin du village. À l'époque de la guerre de l'Indépendance américaine, l'habitation des Iroquois et une grande partie de leur culture matérielle étaient devenues identiques à celles de leurs voisins blancs.
Les femmes continuèrent à assumer les tâches agricoles dans les villages iroquois. Les hommes défrichaient les champs et chassaient (les peaux de cerf étaient encore importantes pour la fabrication des mocassins). Dès les années 1760, des hommes gagnaient un salaire comme porteurs aux portages du pays des Onneiouts et à Niagara. En 1800, des Iroquois de la vallée du Saint-Laurent étaient engagés comme pagayeurs par la Compagnie du Nord-Ouest et la Compagnie de la baie d'Hudson.
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